Décès du père Jean Dujardin le 4 mars 2018

Dans la nuit du vendredi 3 au samedi 4 mars, le Père Jean Dujardin a quitté cette vie terrestre pour rejoindre la maison du Père. Théologien, historien il était prêtre de l’Oratoire dont il fut le supérieur général de 1987 à 1999. Il a été secrétaire du Comité épiscopal pour les relations avec le judaïsme de 1987 à 1999.
Il a profondément marqué et œuvré au rapprochement entre Juifs et Chrétiens particulièrement dans des moments de tensions après le changement de vision à l’égard du judaïsme initié par la déclaration Nostra Aetate n° 4 votée par le Concile Vatican II, tout particulièrement lors de la crise du Carmel d’Auschwitz et du projet de béatification de la reine Isabelle la Catholique, qui avait chassé les Juifs d’Espagne.
Confronté, comme historien et responsable du collège St Martin de Pontoise aux thèses négationnistes il axa essentiellement son travail sur la Shoa, les réflexions qu’elle suscitait, y compris théologiques et il s’appliqua à la tâche de la transmission de son histoire. A cet égard il est le cofondateur des « trains de la mémoire » qui emmènent tous les deux ans un important groupe de lycéens sur les traces de la Shoa. Il fut l’un des principaux artisans de la reconnaissance par l’Église de France de son attitude durant la seconde guerre mondiale, qui aboutit à la déclaration de repentance de Drancy en 1997.
Avec plusieurs ouvrages, tout particulièrement, « L’Église catholique et le peuple juif, un autre regard » (Calmann Levy 2003) et « Catholiques et Juifs cinquante ans après Vatican II, où en sommes-nous ? » (Albin Michel 2012) il nous laisse à méditer et à continuer d’œuvrer à ce travail de réconciliation et de construction de la fraternité.
Homme de calme et de réflexion, sa vie a été guidée par la découverte d’un judaïsme vivant lors d’un séjour dans un kibbutz religieux en Israël et le souci de comprendre le débat au sujet de la Shoa suscité par les négationnistes. Il écrivait : « Le questionnement qui en est résulté (de la Shoa) est loin d’être épuisé. Nous ne pouvons que l’amorcer. C’est un questionnement difficile car il remet en cause, non pas la foi chrétienne comme telle mais beaucoup de ses formulations et de nombreuses expressions de la piété. J’ose penser qu’il n’y a pas un seul domaine de la réflexion théologique qui ne sera pas affecté par ce nouveau regard de l’Église. » (« L’Église catholique et le peuple juif, un autre regard », Calmann Levy, 2003, p. 13)
Ses obsèques ont été célébrées en l’Église St Eustache (Paris 1), jeudi 8 mars à 14h30.